Agir Tous Pour la Dignité

Archives mensuelles : février 2014

UNIVERSITE POPULAIRE
Quart Monde
Région Nord Pas-de-Calais
Samedi 25 janvier 2014

La Démocratie
Participative

« Tout ce qui est fait pour moi, sans moi, est fait contre moi »
(Nelson Mandela)

Les interventions de notre invité sont en italiques.

Les personnes présentes pour la première fois
Vincent (Lambersart) J’ai douze ans et je suis là pour faire un reportage et un article pour le blog du collège Anne Frank.
Marie Thérèse (Lille) Militante CLCV,
Stéphanie (Montreuil s/mer) étudiante en 5ème année Sciences Po, stagiaire à ATD sur la démocratie participative.

Quelques infos et nouvelles…
Pascal : L’équipe ATD en Centre Afrique nous dit qu’il y a beaucoup de violences, mais il y a aussi beaucoup de gens qui travaillent à apaiser les situations, entre chrétiens et musulmans,
Catherine A Lille Fives, plus de 1000 enfants ont participé à l’opération
« Machines à changer le regard ».
Renée Récital de musique à ATD Lille par un quatuor de jeunes musiciens professionnels.
Huguette Grande assemblée des géants le samedi 8 mars à Tourcoing, avec bien sûr le géant Joseph W.
Eric Rencontre avec le forum de l’insertion sur la participation des allocataires dans le cadre de la loi RSA.

Notre invité
Dominique Plancke, conseiller municipal délégué, président du conseil de quartier de Lille St Maurice Pellevoisin ;
Conseiller régional (EELV) président de la commission transports du conseil régional Nord Pas de Calais.
Comme conseiller régional en charge du transport et il a mis en place les comités de ligne. Ces comités permettent aux personnes qui prennent le train de pouvoir dire deux fois par an lors de réunions ce qui va et ce qui ne va pas.

Huguette (Lille) On parle beaucoup de « Démocratie participative », c’est un terme à la mode.  Pourquoi on est obligé d’ajouter participative à démocratie puisque c’est le pouvoir du peuple ?

Pour tenter d’expliquer ce qu’est la Démocratie Participative, nous sommes partis de ce qui a été présenté par les groupes comme étant du vécu :
Fabienne (Arras) nous donne l’exemple du comité d’usagers du Centre Social d’Arras. « On aborde les problèmes et surtout là j’ai un exemple concret où on a quand même l’impression d’être écoutés ou tout au moins le témoignage sert à quelque chose, c’est-à-dire les mamans qui ont 4-5 enfants étaient effrayées par le nombre de dossiers qu’il fallait faire pour inscrire un gamin à la gym, au foot, à la piscine, à la cantine, à la crèche et à chaque fois c’était le même dossier alors au comité d’usager on a pointé la difficulté et ils ont trouvé une solution, ils ont mis en route un numéro unique où la maman en début d’année va faire son dossier qui sert dans tous les autres organismes et ça va même se faire dans d’autres domaines.
Quand il y a participation, on est dans ce que chacun peut apporter à l’autre. On est dans la communication.

Jean-Pierre (Liévin) La co-formation, je souligne co parce que c’est ensemble et on apprend à s’écouter le juge apprend à écouter un militant, on apprend à écouter quelqu’un. On a quand même la trouille. Et nous on a le droit de dire quelque chose quand même.

Dominique Plancke
Chacun a le droit de donner son avis sur tout. Dans vos différents témoignages, on voit bien que la question de la démocratie concerne tout le monde.
Les gens qui prennent le train en savent plus que les techniciens qui sont dans les bureaux. Pour eux, le train c’est quelque chose qui circule sur un écran d’ordinateur ou un tableau.
Qui est expert ? C’est comme pour la crèche, les usagers, les parents savent des choses et les professionnels qui travaillent dans les crèches savent aussi, et même plus que les élus qui n’ont pas la pratique.
D’autres expériences vont dans le même sens comme le « croisement des savoirs et le forum de l’insertion à Lille qui permet aux allocataires du RSA de se faire entendre par les élus et les fonctionnaires du Conseil général.
Donc « dans la vie quotidienne, ces personnes ont une expertise, une expérience que les experts et les élus n’ont pas, au lieu de se sentir petits on a quelque chose qu’eux n’ont pas comme informations. On peut jouer un rôle fondamental » et « avancer ensemble pour la démocratie.
La question de la démocratie appartient à tout le monde, voilà ce que veut dire démocratie participative par opposition à la représentation des élus comme si la population n’avait plus rien à dire une fois l’élection passée. La démocratie participative apparait nécessaire quand « les élus se sont éloignés comme s’il n’y avait plus de compte à rendre ».

Mais est-ce que la manière dont est mise en place cette démocratie participative est satisfaisante ?
René (Sambre Avesnois)  La démocratie elle n’est pas toujours démocratique, il y a trop de pouvoir des élus. Il arrive que le thème des réunions change au dernier moment. D’un côté, il est intéressant de participer à un conseil de concertation, il y a une tribune, pour ATD c’est formidable mais d’un autre coté si ça ne sert à rien, on a envie de s’en aller, des réunions pour parler et qu’on agit autrement par derrière ça ne sert à rien.
Dominique Plancke
Il y a peut-être un travers des élus d’organiser des réunions unilatérales où seuls les élus s’expriment où on parle seulement pour parler, « Mr le Maire par ci, Mr le Maire par-là » et on ne parle pas des habitants. On pourrait être sceptique sur certaines opérations de participation.

Huguette (Lille) Dans certaines opérations où on demande aux gens de participer, ils participent à de nombreuses réunions et finalement le travail fait n’a jamais été pris en compte. Quelle drôle de démocratie participative !

Jean Pierre et Ange (Valenciennes) Un exemple de rénovation urbaine à Valenciennes dans le quartier de la Chasse Royale Dans le quartier, on a fait « des visites en marchant » et beaucoup d’autres choses avec des habitants mais ça n’a pas été sans mal. Ils nous ont bouché la place où il y avait l’animation, le centre social, la boulangerie !
Dans le cadre de cette opération, on a bénéficié d’une formation de 2 fois 3 jours à Paris. C’est ça aussi la démocratie participative, il faut qu’on nous donne des moyens. C’est le directeur du centre social qui s’est démené pour nous faire accéder à cette formation. On est parti à 5 et depuis on a créé une association d’habitants. On veut partager ce qu’on a appris avec d’autres habitants et on est prêt à former nos adhérents
C’est difficile, ça demande des efforts de part et d’autres. Les élus doivent se former et les citoyens participant aussi.
Lise (élue lilloise) Les élus devraient aussi se former à écouter les citoyens et par exemple être dans des groupes de co-formation.

Finalement quelle attitude adopter face aux dispositifs de la démocratie participative ?
Eric (Forum de l’insertion) Il faut des comptes rendus et que la participation s’inscrive dans la durée. Aujourd’hui il y a beaucoup d’occasions de participer, il faut être exigeant, c’est sérieux. Quand les personnes y vont il faut demander dans quel cadre se fait cette participation, s’il y a un compte rendu, une suite, l’organisation de l’institution qui demande à participer, s’il y a un organigramme, un schéma pour expliquer comment ça marche, une ou des personnes référentes etc. C’est le contrôle citoyen. Quand on peut co-construire le cadre (comme dans le forum permanent de l’insertion), c’est mieux.
Dans les différents modes de participation comme les conseils de quartier, les conseils de concertation… la parole est moins facile, moins libérée. Ne soyons pas pessimistes, il reste toujours quelque chose !
On a eu 20 ans de RMI avec pas du tout de participation. En 2009 avec le RSA il y a eu des modalités de participation. La politique de la chaise vide n’est pas une bonne solution.

Dominique Plancke
Il faut être exigeant sur l’évaluation, que nous ne soyons pas utilisés comme alibi pour faire de la concertation. Aucune parole n’est inutile. L’élection municipale reste celle où les gens sont le plus intéressés directement, on peut intervenir dans le débat. Allons rencontrer ceux qui se présentent.

Groupe de Lille
Personne n’aura envie de participer si « on n’est pas informé, pas écouté, on est considéré comme nullité (et c’est pourquoi on n’est pas informé…) On est peut-être déçus parfois par la Politique, on y croit plus, on a peur de ne pas savoir s’exprimer » mais « on veut que ça change, on veut se rassembler pour que ça change, on n’est pas seuls dans la misère et reconnus on peut s’exprimer »
« Ce que nous voulons pour nous, les citoyens français on ne veut plus de paroles en l’air, on veut du concret, du positif.
Nous avons des idées … Serait-il possible dans le cadre de la Démocratie participative de savoir comment accéder au logement salubre et qu’il n’y ait plus d’expulsion et qu’il y ait du travail pour les jeunes. Il faut utiliser tous les moyens offerts pour se faire entendre.
Nous sommes prêts à participer, car c’est les citoyens qui sont souverains.
Ce combat nous permet de grandir et d’être respecté.
Groupe de Nieppe Nous voulons rappeler un événement historique sur les pauvres et la Révolution française de 1789. En avril 1789 un personnage (Dufourny de Villiers) s’est indigné devant l’exclusion « des infirmes, des indigents, des infortunés » dans les assemblées qui rédigeaient les fameux cahiers de doléances.
Il publie un texte « Cahiers du Quatrième Ordre » pour que les pauvres soient reconnus comme de véritables citoyens.
Pour nous, c’est la première invitation à une démocratie participative
La démocratie participative « C’est mieux que de passer commande et d’imposer » c’est ce que Lise Dalleux retiendra de son mandat municipal.
« Chiche ? » dit Jean-Pierre…
« Tout le monde est capable de comprendre et de s’exprimer ». Si la démocratie participative a un coût, elle doit pouvoir rapporter beaucoup.
Participer, c’est s’engager….
On peut lire dans Feuille de route Quart Monde n°415 mars 2012
« Le politique c’est nous ! »
« Tout ce qui est fait pour moi, sans moi, est fait contre moi », disaient Gandhi et Nelson Mandela. De plus en plus de voix s’élèvent pour constater les limites des politiques destinées à lutter contre la pauvreté quand elles sont entreprises sans concertation avec les personnes concernées. La participation citoyenne est pourtant inscrite dans les textes. Faisons-la avancer en dialoguant avec nos voisins, notre entourage et en l’exigeant de nos élus. »

Décryptage : Laurent Brunner
Compte-rendu réalisé par :
Francine Laurenge
Stéphanie Locqueville
Pascal Wecxsteen

Contact : Université Populaire Quart Monde
Mouvement ATD Quart Monde
Délégation régionale Nord Pas de Calais
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