Initiative

L’université populaire Quart monde, une école de la vie.

Sofien Murat

23/05/2015

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Dans les locaux d’ATD Quart monde de Lille, une université populaire,le 25 avril 2015. ©SofienMurat
À Lille, dans la maison ATD, les militants préparent la salle qui servira d’université populaire en ce samedi 25 avril. Les universités populaires, organisées par le mouvement ATD Quart Monde1, sont un espace de réflexion commun entre des personnes qui vivent l’expérience de la pauvreté, des « sans-voix », et des citoyens qui les rejoignent dans leur combat contre l’exclusion. « Dans le Nord-Pas-de-Calais, nous organisons six rencontres annuelles, toujours le samedi après-midi, avec nos 11 groupes locaux, explique Pascal Wecxsteen, animateur de cette université.
Parmi les premiers participants qui arrivent, Catherine est déjà une habituée : « C’est un lieu où l’on garde le moral, ces universités populaires sont en quelque sorte une thérapie par la parole », témoigne cette femme de 51 ans, venue de Roubaix avec sa fille. « Ces universités populaires sont en quelque sorte une thérapie par la parole » Bénéficiaire d’une allocation pour adultes handicapés (AAH), Catherine estime que les universités populaires lui ont permis de se construire « un savoir émancipatoire ». Elle revient sur les raisons de sa participation à cet espace d’expression et d’écoute de tous, mis en place par le mouvement ATD Quart Monde en 1974. « Cela m’a beaucoup aidé dans le passé et aujourd’hui, surtout, j’aide les autres », explique cette militante d’ATD depuis 14 ans.
Un constat partagé par Chantal, venue avec son fils Christophe, 36 ans, en recherche d’emploi. « Aujourd’hui, je suis moins timide, plus sociable, je vais plus vers les autres », raconte cette femme de 63 ans, qui milite à ATD depuis déjà 34 ans.  Au point d’être triste aujourd’hui quand des circonstances l’empêchent de participer à une des universités populaires. Avec d’autres militants, Chantal a participé à la confection du géant « Joseph », du nom du fondateur d’ATD Quart Monde, le père Joseph Wresinski. Comme le veut la tradition du Nord, ce géant, haut de 3,50 m fabriqué avec des matériaux traditionnels à base d’osier, placé au fond de la maison ATD, est de sortie à chaque grande manifestation.
Liberté d’expression
A 14h30,la salle se remplit, une soixantaine de personnes se sont déplacées à la Maison Quart Monde de Lille. Des jeunes, des moins jeunes, des femmes, certaines voilées, des gens de toutes conditions venus des quatre coins de la région pour prendre part aux débats. Le thème du jour : « La liberté d’expression ». L’animateur invite les participants à se répartir en six petits groupes. Chaque petit groupe réfléchit autour d’une question pendant 25 minutes, puis un rapporteur restitue en plénière ce qui s’est dit dans son groupe.
Parmi les questions posées : « La France est un pays multiculturel. En quoi cela peut-il influer sur la liberté d’expression ? ». Les participants  relèvent que la multiculturalité peut être une richesse, mais aussi une source de conflits. Autre question débattue dans un des six groupes : « Au nom de la liberté d’expression peut-on tout dire ? ». « La liberté d’expression, c’est un droit fabuleux en France, mais toute vérité n’est pas bonne à dire. Par exemple, en entreprise, on risque de perdre son emploi », répond le petit groupe. Avant de poursuivre : « Il y a un minimum pour s’exprimer avec le respect de l’autre. Il faut trouver les mots qui ne blessent pas, mais qui rendent possibles la communication et le mieux vivre ensemble ».
Un seul mot d’ordre dans l’organisation des débats, le respect
Un seul mot d’ordre dans l’organisation des débats, le respect : chacun est libre de donner soIMG_20121117_141836n opinion, mais sans oublier de respecter l’autre, pour éviter d’aller à l’affrontement.2015_0425_143816 « Je suis responsable de ce que je dis, mais je ne suis pas responsable de que ce tu comprends », explique judicieusement une participante. « C’est la première fois que je viens à une telle réunion et je trouve ça extraordinaire, témoigne Annie, venue d’Espagne. On a l’impression que vous cheminez ensemble depuis des dizaines d’années pour pouvoir vous exprimer comme vous le faites ! »
Quand les gens parlent librement, ils construisent ensemble un dialogue constructif permettant d’apporter des réponses concrètes à des gens qui, trop souvent, ne peuvent s’exprimer. Les universités populaires sont en quelque sorte une école de la vie.
1. association fondée en 1957 par le père Joseph Wresinski
Sofien Murat

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